Les Gribouillis de Cenwen

Jeux vidéo et créations roleplay

21-11-09

Index "Ombre et Lumière"

1

Prologue : La Geste du Dragon de L'Hiver

Chapitre 1 : L'instant d'avant

Chapitre 2 : L'appel, partie 1

Chapitre 3 : L'appel, partie 2

Chapitre 4 : Les Rocs de la Tourmente, partie 1/8

©Cenwen 2009.

Pour des raisons pratiques, je place l'index de ce nouveau récit roleplay systématiquement sur la première page du blog. Il est fait sur le même modèle que l'index du Journal de Haven-Jane CF01 et trouvera sa place définitive à la fin de la publication de cette histoire.

Bonne lecture :)



16-11-09

Chapitre 4 : Les Rocs de la Tourmente, partie 1/8

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Les Rocs de la Tourmente

(Stormdeaver Rocks)

Partie 1/8

Les bribes indistinctes d’une dispute me réveillent en sursaut. Je me lève d’un bond, mon arme à la main. Le feu s’est éteint. Les braises sont grises et froides. J’enregistre d’un regard la présence des archers qui montent la garde à la lisière du campement. Mon attention se fixe sur Grimaud et Léna absorbés dans une conversation qui les isole  du reste du monde. Ils sont concentrés et je sens l’exaspération de la jeune femme. Pourtant ça n’a pas l’air d’affecter le moins du monde son compagnon, nonchalamment adossé au tronc d’un arbre.

Un soupir. Je me retourne. Aedar Thalan est arrivé derrière moi sans que je l’entende.
- « Ces deux-la, dit-il en secouant la tête, c’est comme vouloir marier l’eau et le feu … »

- «  Ca leur arrive souvent ?  Je ne suis pas curieuse, mais je vais devoir voyager avec eux et me battre à leur côté, alors j’aimerai savoir… »

- «  Ils sont jeunes et amoureux. » me répond-il avec un léger sourire.

Il me tend une sacoche usée et patinée par les ans.

-  « Quelques provisions, des herbes médicinales et des effets personnels. »

Les mots me manquent pour le remercier. 

L’aube se lève à peine. Une brume légère s’élève de la  terre et voile le paysage d’un  mince halo blanchâtre. La terre est brune, le ciel gris comme l’acier. Le soleil  rase les collines et fait scintiller d’or  les brins d’herbe chargés de rosée. Les couleurs se fondent encore les unes dans les autres, mais quelques touches de bleu et de mauve commencent à se détacher. La nature se réveille doucement. Les animaux s'agitent dans leurs tanières.

Léna s’approche de nous. L’heure du départ ne tardera pas. Je prends congé du vieux guerrier. Il s’éloigne. Je m’entretiens rapidement avec Léna. Je voudrais savoir s’il y a un endroit dans le camp où je pourrais procéder  à mes ablutions. Elle m’indique un point d’eau  abrité à quelques pas du camp.

Je sais que cette préoccupation peut sembler futile au regard de ce qui nous attend pour retrouver Dunham et Réowys, les deux guerriers disparus, mais j’ignore quand se représentera l’occasion de me retrouver un peu seule. J’ai besoin d’un instant à moi, loin de la présence de Léna et de Grimaud. Depuis mon Eveil je n’ai jamais été seule. Même pendant mon sommeil, j’ai senti la vigilance des forestiers.

Je me penche au dessus d'une mare bordée d'ajoncs et d'herbes folles. L'eau y est remarquablement claire. Elle ressemble à un ancien miroir des contes elfiques, celui qui s'y regardait se voyait tel qu'il était réellement au fond de son coeur et de son âme, et non, tel que les autres le percevait. Je me contemple un instant. Je ne vois qu'une  très jeune femme grande, mince, presque frêle. Ses longs cheveux bruns emmêles sont striés de mèches blanches qui soulignent et encadrent un visage aux courbes douces et aux pommettes hautes. Une frange voile ses grands yeux violets. Son regard est troublé, perplexe. Elle est belle, d'une beauté fragile et douce... Ainsi, c'est à ça que je ressemble, c'est ce que les gens perçoivent de moi.

Je procède à une rapide toilette. Je brosse mes cheveux et je les noue en une lourde de tresse que j'enroule en bas de ma nuque avant de la fixer avec une fine baguette ramassée à terre et rapidment taillée en épingle. Une mèche s'échappe et retombe sur ma joue. Je confectionne aussi très rapidement un petit sac en tissu que j'accroche autour de mon cou par un lacet de cuir. Je ferai mieux plus tard. J'y range précieusement ma rune. Je referme ma tunique jusqu'en haut de manière à cacher sa présence.

Malgré ces quelques préparatifs, je suis de retour rapidement. Grimaud et Léna m’attendent, prêts à prendre  la route. J’adresse un signe de la main à Willit. Le Skerg a émergé de l’obscurité d’une tente et nous regarde partir en direction du nord ouest, vers les Rocs de la Tourmente.

Nous traversons les marécages et je me fie à mes compagnons pour me guider dans les dédales des terres et des langues de sables mouvants. L’air est lourd, l’atmosphère pesante. Mes cheveux ne tardent pas à coller à mon front et à ma nuque. De temps en temps, un cri rauque s’élève des roseaux. Un bref mouvement, un soubresaut et le silence écrasant reprend possession du marais. A mon grand soulagement, nous finissons par atteindre une route escarpée et poussiéreuse qui n’en finit pas de grimper  et de tourner sur elle-même.

Au détour d’un virage j’aperçois une arche de pierre monumentale dépouillée de tout ornement. Au centre dans un chatoiement de lumière et de reflets mouvants se déploient des ombres irisées. Malgré le temps, sa magie est pleinement active.

Notre histoire raconte qu'autrefois treize mages surpuissants et avides de pouvoir plongèrent Eo dans le chaos en invoquant une puissance maléfique  incontrôlable. Dès lors, notre monde fut fracassé et morcelé en une myriade d'îles reliées par ces artéfacts magiques qui nous permettent désormais de nous déplacer d’une terre à une autre.

Je me souviens d’avoir vu des milliers de Lames, armes-âmes d’acier infernales créées par le Forgeron des Ames déferler sur Fiara en passant par ces portails.
Nous combattions pied à pied, mais nous étions submergés sous leur nombre.
La terre autour de nous se teintait de rouge et nous tombions fauchés, abattus les uns après les autres. Nous étions là pour protéger la progression de la Guerrière de la Rune, l’Elue, celle que Rohen avait choisie pour sauver notre monde de la destruction finale et de l’anéantissement.
Les cris d’agonie de mes frères et de mes sœurs retentissement dans ma mémoire.
Je commence à me souvenir.
Je frissonne en franchissant le Voile.

A suivre...

©Cenwen 2009.

02-11-09

Chapitre 3 : L'Appel, partie 2/2

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Chapitre 3 :

L'Appel

(partie 2/2)

La  nuit tombe. Des feux follets apparaissent sporadiquement dans les marécages. La route qui mène au campement est escarpée. Mes pieds buttent sur les cailloux. Je trébuche, maladroite, mais, petit à petit, je reprends possession de mon corps engourdi. Combien de temps ai-je dormi dans Les Brumes ? Je m'apprête à interroger Léna quand ils attaquent.

Des Gobelins, vifs, rapides, silencieux. Je ne les ai pas entendus s’approcher. Léna brandit son bâton. Des éclairs de glace jaillissent autour d’elle, emprisonnant nos agresseurs dans une gangue mortelle. Un éclat de lumière s’abat sur eux. Grimaud fait tournoyer sa hache, fendant l’air, faisant craquer les os et jaillir le sang. Je projette mes mains en avant. Je sens mon Pouvoir palpiter en moi et se frayer un chemin dans mes veines. Un des Gobelins s’effondre tétanisé, le visage déformé par un rictus de douleur indicible. Puis soudain, je suis prise dans le ressac, sans aucune énergie, sans mana, incapable de lancer le moindre sortilège, de psalmodier la moindre incantation. Pourquoi m’ont-ils réveillée ? J’assiste perdue, impuissante à leur combat. Je ne leur suis d’aucune aide.

- « Voilà une bonne chose de faite ! » Grimaud contemple les corps étendus à ses pieds avec un sourire de satisfaction. Puis, il se remet en route sans un regard ni pour nos assaillants, ni pour moi.

-   « Khyrielle ? » La voix de Léna me tire de mes pensées. « Viens, c’est terminé. »Elle me prend la main et me parle comme si j’étais une enfant.

- « Léna? Combien de temps suis-je restée dans Les Brumes ?»

Tout est tellement confus… Je sens au plus profond de mon être que quelque chose ne va pas. Je devrais être en pleine possession de ma magie, prête à me battre.

-  « Trop longtemps... » Elle hésite. « Il te faudra juste un peu de temps pour te rappeler de tout. Viens, nous sommes presque arrivés. »

Une maigre lumière troue l’obscurité. Quelques tentes délabrées, chichement éclairées par trois flambeaux fumeux se dessinent  au centre d’une petite clairière. Un feu de camp aux braises rougissantes projette des ombres sanglantes sur les toiles tendues sans parvenir à chasser les ténèbres.

Je ne la vois pas, mais je sens la présence d’une Pierre. Je résiste à son attraction. Je veux des explications.

- « Alors ? Pouvons nous parler maintenant? » Je me tourne vers Grimaud. « Nous sommes arrivés. Qu’attendez-vous de moi ? »

- « Allez donc parler à Aedar Thalan, le guerrier près du feu. Nous discuterons ensuite. »

Grimaud  me tourne le dos et se dirige vers un groupe d’hommes serrés dans la pénombre d’un abri. Léna lui emboîte le pas en soupirant imperceptiblement.

Je hausse les épaules.

Je me dirige vers un homme de taille moyenne, un peu voûté par l’âge. Ses cheveux argentés sont retenus en queue de cheval par un mince lien en cuir. Il est vêtu d’un pantalon en peau, son haubert est patiné par les ans, bosselé, mais sans aucune trace de rouille, ce qui, dans ce marécage, représente un joli tour de force. Un mince surcôt rapiécé mais propre complète sa tenue. Un glaive pend à la droite de sa ceinture. De l’autre côté, il porte une  petite sacoche en cuir gravé de runes.   

Son maintien et sa mise m'inspirent le respect.Je m’incline devant lui.

Il me dévisage. Son regard bleu acier, droit et amical ne me gène pas.

Mes mains tremblent.Je les tends vers les maigres flammes qui s’élèvent du feu.  Je ressens un froid terrible depuis que Grimaud et Léna m’ont éveillée, un froid qui vient de l’intérieur et qui consume mes forces. Mais, je concentre mon attention sur le vieux guerrier en face de moi. Il a perçu ma faiblesse et m’invite à m’assoir.

Il me tend un gobelet en terre rempli d’un liquide aux puissants effluves herbacés. Je me brûle les doigts en le prenant. L’odeur des plantes m’est familière. J’approche la timbale de mes lèvres et je bois prudemment la première gorgée. Le liquide est fortement sucré au miel. Une impression de bien-être et de chaleur ne tarde pas à m’envahir et à me réchauffer. Aedar coupe un morceau de pain noir et épais. Il le partage et m’en donne  la plus grosse part.

- « Il faut reprendre des forces. Nous parlerons ensuite. » me dit-il en tisonnant les braises pour redonner de la vigueur au feu.

Je lui suis reconnaissante de ce répit qu’il m’accorde. Je me sens à l’aise avec lui : il se préoccupe des autres, il me traite aussi comme un être humain et pas comme un monstre.

- « Aedar, qui sont ces gens ? » Je désigne d’un léger mouvement de tête les ombres que je devine cachées dans l’ombre de la nuit.

- « Ce sont des résistants, d’anciens esclaves qui ont échappé aux Orques et aux Trolls. Mirraw Thur était le centre de la traite des esclaves en terre d’Urgath. Cette région a toujours été sous le contrôle des Ténèbres.»

Je frissonne. Je n’ose imaginer la vie des ces malheureux captifs de tels maîtres.

- « Etes-vous le chef de ces gens ? »

- « Non, reprend-il, ils m'écoutent parfois, bien moins depuis l'arrivée de Grimaud... » Il m’adresse un léger sourire « Et je les comprends. Je suis un vieillard. Ils ont besoin de quelqu’un de plus jeune et de plus vigoureux. »

- « Pourquoi suis-je là ? » je secoue la tête.  « Pourquoi Grimaud et Léna m’ont-ils appelée ? » Je ne comprends pas la raison de ma présence. « Qu’attendez-vous de moi ? »

- « Nous avons besoin de votre aide pour lever une armée.»

- « Ces gens me suivront-ils parce que je suis une guerrière de la Rune?»

- « Non, Khyrielle. Ils ne suivront que Duhnam et Reowys.» Je le laisse porsuivre sans l'interrompre. Ce sont deux guerriers libre de la Rune. Ils sont arrivés ici après la grande bataille de Fiara. Ils  ont organisé la libération des esclaves, puis fondé la Résistance.»  Son regard se perd dans l’obscurité.

- « Que s’est-il passé ensuite ? »

- « Nous n’en savons rien. Ils sont partis vers le Sud et ils ont disparu. Le dernier à leur avoir parlé est leur ami Willit. » Il fait signe à une mince silhouette qui s’avance.

Un Skerg. Je le regarde avancer vers nous. Il a la taille d’un enfant humain, une démarche légèrement sautillante, une peau pâle qui tire vers le bleu. Les Skergs et les Tar-Skergs, je m’en souviens, font partie des premiers habitants du continent des Ténèbres. C’est un peuple courageux et travailleur qui voue un culte à la nature et dont les guérisseurs sont réputés au-delà des frontières même de ces terres. C’est un peuple pacifique qui est parvenu à conserver sa liberté en se cachant.

Le petit être devant moi m’arrive à la taille. Je me baisse pour être à sa hauteur. Il me regarde droit dans les yeux. Je n’y lis aucune crainte, aucune répulsion de ce que je suis. J’y lis seulement la compassion, la tristesse et l’inquiétude.

Il commence son récit d’une voix douce, musicale. Il parle vite, trop vite et j'ai du mal à le comprendre.

- « Willit, s’il vous plaît, calmez-vous, expliquez-moi à nouveau. Pourquoi Duhnam est-il parti en colère ? » Son angoisse est perceptible.

- « Dunham parti en rage. En rage contre tout le monde. Contre Aedar.Contre Willit. Contre Réowys. J’ai essayé de le suivre, de l’arrêter, mais Dunham a chassé Willit. Alors Réowys a demandé à Willit de rentrer près d’Aedar et il est parti derrière Dunham, à travers le Portail.» Ses derniers mots s'étranglent dans un sanglot vite maîtrisé. Sa peine est immense.

Je pose ma main sur son épaule. Il est tétanisé mais il ne cherche pas à éviter mon contact.

- « Willit, vous n’y êtes pour rien. »

Il secoue la tête. Je reprends. J’insiste.

- « Vous n’êtes certainement pas la cause de la colère de Dunham, ni la cause de la disparition de Réowys. Je vais partir à leur recherche. Je ferai tout mon possible pour les retrouver et pour savoir ce qu’il leur est arrivé, à tous les deux. Je partirai à l’aube. »

Je me redresse. Je le  regarde s’éloigner à grand renfort de hochements de tête. Le vieux guerrier se redresse et soupire légèrement.

- « Vous pouvez dormir ici. » Il me désigne le feu de camp. « Vous êtes en sécurité ici. Que la Lumière d’Aonir veille sur vous. »

Je m’allonge dans le cercle de lumière et je m’endors rapidement, les doigts crispés sur la garde de mon poignard. »

A suivre..

©Cenwen 2009.

19-10-09

Chapitre 2 : L'Appel, partie1/2

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Chapitre 2

L'Appel

(partie 1/2)


Comme un nageur épuisé remonte à la surface après un plongeon dans une eau noire, profonde et glacée, j’ai les poumons en feu.
Je suffoque.
Je vacille.
Je m’accroche à la voix qui m’appelle.
Elle est dure, arrogante, impérieuse.
Pourtant, je me concentre sur elle.
Je reprends pied sous un ciel bas et lourd.
La lumière me brûle les yeux.
J’ai du mal à respirer.
L’air autour de moi est nauséabond, plein de remugles, d’odeur d’humus en décomposition, et plus prenante encore, de charniers et de restes pourrissants.

- « Oui suis-je ? je ne me rappelle pas… »
- « Enfin ! Bienvenue à Mirraw Tuhr, un infâme marécage perdu aux confins des terres d’Urgath…Mais vous pourriez bientôt changer tout çà ! »

La voix est chargée d’ironie et de mépris.
Mes yeux s’accommodent enfin.
L’homme à qui elle appartient est grand, musclé.
Sa barbe est courte, brune. Ses cheveux sont noirs, ses yeux marron, une fine cicatrice  barre le côté droit de son visage.
Son armure porte la trace de nombreuses batailles.
Il est armé d’une hache double soigneusement entretenue.

- « Vous ne vous souvenez pas ? La voix est douce, musicale. Nous avons combattu côte à côte pendant la bataille de Fiara. Vous êtes une guerrière de la Rune… »
- « La Rune me soumet à votre volonté. Commandez et je vous obéirai ! »

Les antiques paroles de soumission ont franchi mes lèvres sans aucun effort de volonté ou de mémoire. Elles sont gravées en moi. Elles font partie de moi, de ce que je suis.

- « Voilà qui est bien tentant… »
- « Grimaud, rends lui sa Rune…tu m’avais promis ! »
- « Mais cet obéissant guerrier ne nous sera plus d’aucune utilité… »
- « Grimaud ! »
- « Bon d’accord. »

Il soupire, exaspéré et cède à sa compagne à contre cœur.

Elle se tourne vers moi, aussi frêle et lumineuse que son compagnon est viril et sombre. Elle est vêtue d’une longue robe blanche défraîchie. Le bâton dans sa main droite me rappelle quelque chose. Le souvenir s'échappe.

- « Je m’appelle Léna. Nous étions amies.… » un silence, elle reprend,  « autant que la Rune permette ce genre de lien...»

Un fracas assourdissant se lève dans ma mémoire et meurt en un instant.

Elle me tend une gemme à facettes.
Une lueur rougeâtre pulse à l’intérieur.
Le joyeau est parcouru de minuscules éclats de lumière.
Mon regard plonge dans les profondeurs de la pierre.
Un kaléidoscope d’images naît dans ma mémoire.
Des fragments arrachés à d’autres temps, d’autres époques.
Des visages familiers que je ne reconnais pas.
Des clameurs.
Des rugissements.
Des cris.
Des râles.
Des pleurs.
Le silence.
L’obscurité.

- « Khyrielle ! Khyrielle !»

Je m’arrache avec effort à la contemplation du feu sombre.
J’essaye de me souvenir.
Mes mains se referment sur des ombres.
Je reste là, secouée de frissons, nauséeuse.

- « Qu’est-ce que vous attendez ? Il faut y aller. Nous parlerons lorsque nous serons arrivés au campement.» Grimaud s’impatiente et nous tourne le dos, prêt à prendre la route.

Je regarde autour de moi. Je suis au centre d’un monument en arc de cercle construit en pierres dont la blancheur blesse mes yeux. Deux statues monumentales, un guerrier et une magicienne, dardent leurs regards aveugles sur moi. Elles sont magnifiques, mais la froideur que je lis sur leurs traits finement sculptés est inhumaine. Je me détourne.

Léna m’a attendue. Elle me tend un mince poignard. La lame est effilée mais solide. La garde est taillée d’une seule pièce dans un os soigneusement poli et orné d’un motif runique compliqué.

- « Pour toi. C’est ce que j’ai pu trouver de mieux. Ce n’est pas une arme digne d’une guerrière de la Rune … »
Je l’interromps.
- « Merci Léna. »
Son geste me touche. A sa mise et à celle de son compagnon, je devine que la vie sur ces terres désolées est rude.

Nous nous mettons en route. A peine ai-je fait quelques pas qu’une force impérieuse m’attire vers un monument de taille modeste.
Une pierre carrée, en basalte noir, aux arrêtes vives, de la taille d’un homme, se dresse sur ma droite.
Je laisse ma compagne sur la route, et je prends le sentier qui mène vers l’édifice.
A demi ensevelie sous la végétation, elle est couverte de runes entrelacées.
Je les reconnais.
Je connais la signification de chacune d’entre-elles.
Un sentiment de familiarité et de répulsion m’envahit.
J’inspire profondément.
Je ferme les yeux.
Je pose mes deux mains sur la roche.
La pierre est douce et tiède sous ma peau.
Elle palpite d’une vie secrète et intense.
Je sens son pouvoir circuler dans le réseau qui la parcourt.
Sous mes paupières closes, il brille d’un éclat argenté.

Il s'enroule autour de mes poignets.
Comme une pointe d’acier chauffée à blanc, il pénètre en moi, arrache un infime fragment de mon âme.
La douleur irradie chacun de mes nerfs.
Je me cabre.
Je gémis.
Il relâche son emprise et me libère.
Je m’écarte rapidement.
Quoi qu’il arrive désormais, mon âme est liée à jamais à cette Pierre.
Chaque fois que je mourrai, c’est là que je renaîtrai, tant que je ne me serai pas liée à une autre Pierre des Âmes.

Prête à combattre.

Condamnée à une vie éternelle et à une mort éternelle…

Il en est ainsi de puis la nuit des temps.

A suivre...

©Cenwen 2009

05-10-09

Chapitre 1 : L'instant d'avant

Mais un jour, le pacte qui liait Aryn aux Elfes de Glace fut brisé...

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Je dors.
D’un sommeil peuplé de rêves.

Parfois, comme une ride sur l’eau après le ricochet d’un galet, j’entends comme un écho que je ne comprends pas.
Soudain l’écho se tait.
Et il ne règne plus que le silence et l’obscurité.

Je dors.
D’un sommeil hanté de cauchemars.

Des hordes de guerriers s’affrontent sur des champs de bataille gigantesques.
Des mondes entiers sombrent dans le chaos et le fracas.
Des colonnes de flammes embrasent le ciel jusqu’aux nuages et font bouillir les océans.
Des vagues de cendres et de poison submergent le monde étouffant toute vie.
La soif du pouvoir et l’avidité guident les hommes sous le regard indifférent des Dieux.
Soudain le tumulte s’apaise.
Et il ne règne plus que le silence et l’obscurité.

Je dors.
D’un sommeil fragmenté de reflets.

Des armées immenses sous un seul commandement.
Ombre et Lumière s'opposent dans un éternel combat.
Des éclairs strient le ciel et déchirent le tissu même du temps.
Soudain les clameurs cessent.
Et il ne règne plus que le silence et l’obscurité.

Je dors.
Je rêve.

Ses yeux rouges flamboient d’une haine pure.
Ame-arme d’acier noir elle poursuit son carnage insensé.
Elle fauche les hommes qui se dressent sur son passage.
Elles sont des milliers forgées par Zarach’ lui même, ou bien… est-ce seulement une légende ?
Elle retire sa lame de mon corps.
Mon sang rejoint celui de mes frères et de mes sœurs.

Au nom de tous les Dieux d’Eo qu’avons-nous fait ?

La grande plaine de Fiara si belle au printemps n’est plus qu’un océan de cris et douleurs.
Il ne reste rien.
La terre est rouge, rouge du sang de ceux et celles qui se sont levés pour combattre et sauver ce monde.

Je dors.
Il n’y a plus que le silence et l’obscurité.
Puisse Elen avoir pitié de nous et nous pardonner nos péchés.

Je dors.
Il n’y a plus que le silence et l’obscurité.

Je dors.
Je rêve
Du moins…je crois.

Puisse Elen avoir pitié de moi.

A suivre ...

©Cenwen 2009

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

21-09-09

Prologue : La Geste du Dragon de l'Hiver

La chanson de Cenwen

La Geste du Dragon de l'Hiver

La jeune femme posa délicatement sa harpe au sol. Elle tendit ses mains vers le feu qui brûlait haut et clair au centre de la clairière.

-« Elenwë, s’il te plait, ne t’arrête pas, raconte  encore ! » Anar la dévorait des yeux. Soleil. Le petit garçon portait bien son prénom. Elle était incapable de résister à son sourire lumineux et à son regard sans cesse émerveillé.
-« Quelle histoire veux-tu que je raconte petit feu follet » lui répondit-elle avec un clin d’œil. Elle savait exactement quelle était sa chanson préférée.
-« Celle d’Aryn, le Dragon de l’Hiver, tu sais bien. »
-« Oui, je sais bien, mais je voulais être sûre que c’était bien celle-là que tu voulais entendre. » Elle se mit à rire doucement en voyant l’enfant courir dans la clairière en appelant ses compagnons de voyage.

Quelques lunes auparavant, elle avait rejoint un groupe de marchands nomades. Elle avait décidé de poursuivre sa route en leur compagnie plutôt que d'affronter seule les dangers de ces terres reprises depuis peu aux bandits. Elle les avait rejoint aux abords de Liannon et les accompagnerait encore un moment. Elle voulait rejoindre Mulandir et explorer La Grande Bibliothèque, ouverte à nouveau depuis peu. 

Elle attendit que tous soient installés confortablement autour du feu.  Elle releva la tête, fit passer la lourde masse de ses longs cheveux roux bouclés sur son épaule. Seul le crépitement des flammes troublait  le silence de la nuit. Elle plaqua quelques accords légers sur son instrument. Sa voix s’éleva, basse, légèrement voilée.

-« Il ya bien longtemps, bien avant la naissance des Hommes, quand les Dieux d’Eo n’étaient encore que des enfants, et que les Elfes commençaient à peine à arpenter ce monde, les dragons régnaient sur Fiara. Ils étaient superbes et terrifiants, libres comme l’air, sauvages et indomptables comme la tempête. Il s’élançaient dans les cieux, déployant leurs ailes immenses et leurs ombres assombrissaient des vallées entières et couvraient de nuit les montagnes. Certains se paraient de toutes les nuances de vert comme la nature à la Saison du Renouveau. D’autres étaient dorés comme les blés murs à la Saison des Récoltes. D’autres encore étaient de la couleur des feuilles juste avant qu’elles ne tombent et annoncent la Saison des Longues Nuits. Ils jouaient dans les airs, s'accouplaient dans les vallons ensoleillés, dormaient à l'abri de forêts inpénétrables et leurs chants berçaient l’enfance de ce monde."

Elle fit une courte pause. Son auditoire retenait son souffle.

-« C’est alors que naquit un dragon différents de tous les autres. C’était le dragon le plus puissant qui ait jamais vu le jour. Il était gigantesque.  Ses écailles étaient du blanc le plus pur. Ses yeux étaient  gris bleus, clairs et froids comme un ciel d’hiver, et son souffle était plus glacial encore que les neiges éternelles. Il était l’essence même de l’Hiver. Les siens l’appelèrent Aryn, ce qui signifie Le Tisseur de Givre dans la langue des Anciens. Autour de lui, le monde se couvrait de glace. Même ses frères et ses sœurs fuyaient sa présence.
Il était seul et cette solitude dévorait son âme, car elle était à la mesure de sa puissance. Le froid et la mort étaient ses seuls compagnons. Nul être vivant ne pouvait survivre en sa présence.Un jour, il s’élança d’une aire située très loin au dessus de Godmark, près de la demeure même des Dieux. Il se mit à parcourir le monde à la recherche d’une présence amie. Tous le fuyaient et plus il cherchait, plus il semait la désolation. S’il poursuivait sa quête, Fiara toute entière finirait sous les glaces, figée dans un perpétuel hiver, mais il ne voulait pas y mettre fin."

Elle secoua la tête, déplaça une mèche de cheveux tombée devant son visage et reprit son récit dans un silence qui s’était encore intensifié.

Les années passaient. Sa solitude grandissait jour après jour, et la désolation s’installait sur le monde. Il arriva aux confins des terres des Elfes, aux  limites d’une immense forêt au sud de Fiara, un lieu connu sous le nom de Finon Mir. Les Elfes étaient alors une race très jeune, mais ils cherchèrent un moyen d’arrêter Aryn, de l’empêcher de détruire leur domaine. Ils ignoraient tout de sa quête. Ils ne voulaient pas mourir. Comprenant que nul d’entre–eux n’avait la puissance nécessaire pour le combattre, ils en appelèrent aux Dieux. Mais les Dieux restèrent muets. Il ne restait aux Elfes que le choix de fuir s’ils voulaient survivre. Quand les premiers flocons de neige commencèrent à tomber entre les feuilles ils entamèrent leur exil vers le sud.

Elle était la Première Née. Elle régnait avec quatre autres  sur le peuple Elfe. Elle s’appelait Cenwen. Elle refusa de fuir. Elle seule osa l'affronter. Elle se précipita à la rencontre du dragon. Plus elle avançait vers Aryn et plus le froid devenait intense. Autour d’elle, il n’y avait que la glace et la mort. Bientôt, elle sentit sa conscience fléchir. Pour ne pas sombrer dans un sommeil mortel, elle se mit à chanter. Elle chanta l’espoir, la chaleur et la douceur  comme bien des générations l’avaient fait autour des feux de camps à Finon Mir.

Entendant sa voix, Aryn  descendit du ciel. Il se posa à côté d’elle. Il pencha la tête.  La reine elfe était agenouillée dans la neige. Ses forces l'abandonnaient, mais elle poursuivait sa chanson, ultime rempart contre le froid et la nuit éternelle. Pourtant, elle se redressa. Elle regarda Aryn droit dans les yeux, affrontant son regard glacé. Elle s’adressa à lui :

«Ô puissant dragon, écoute-moi ! Écoute-moi, émissaire du froid et porteur de mort ! Ta présence tue toute vie et plonge le monde dans un éternel hiver. Bientôt la forêt qui nous abrite sera transformée en glace sous le coup de tes puissantes ailes et mon peuple va périr. Que veux-tu ? Qu’est-ce qui peut détourner ta course et sauver mon peuple ? »

Le dragon était subjugué par sa beauté et son courage. Il se redressa et lui rendit son regard.

«Saches, enfant de la forêt que je cherche depuis le commencement de ma vie, un égal, un ami. Je sais la souffrance et la douleur que mes voyages font peser sur ce monde, mais ton courage m’a ouvert les yeux – détruire les autres ne mettra pas fin à mon fardeau. Je vais retourner chez moi et attendre, attendre dans les montagnes solitaires, attendre la fin des temps. Ton peuple vivra mais il y a une chose que je demande. Tu es la première et la seule à t’être approchée de moi et ton chant a touché mon cœur. Accompagne-moi et chante ta douce chanson pour nous et les tiens seront épargnés ! »

Cenwen posa sa main sur le cou du dragon et caressa ses écailles de givre avec une infinie douceur.

«Je t’appartiens, Tisseur de givre. Emmène-moi au nord et je réchaufferai nos cœurs avec l’espoir aussi longtemps que je vivrai. Mais épargne mon peuple ! »

À peine avait-elle prononcé ces mots que le dragon l’enleva dans les airs.

« Qu’il en soit ainsi ! Si ton peuple est aussi brave que toi, vous méritez bien de vivre. S’il advient que les tiens aient des ennuis, qu’ils m’appellent et je mettrai mon pouvoir à leur service. Cela fera partie de notre pacte, comme je prends, je donne. Le froid sera sans pouvoir sur eux et le pouvoir de la glace sera leur tant qu’ils conserveront ton souvenir. »
Ils partirent vers le nord, vers les montagnes désolées au-delà des pics de Grimwarg. Ils s’y installèrent et tandis que Cenwen chantait, le dragon créa un manteau de glace qui les protégerait tout deux du monde et protégerait le monde de son pouvoir jusqu’à la fin des temps."

Pendant son récit Anar s’était rapproché d’Elenwë. Le petit garçon était planté devant elle, suspendu à ses mots.
-« Dis Elenwë, tu les as vus au cours de tes voyages ? Tu crois qu’elle chante encore ? »
-« Je suis allée jusqu’aux limites des terres connues. Je suis allée jusqu’au Glacier qu’on nomme Tisseur de Givre en souvenir du Pacte qui lie Aryn aux Elfes de l’Hiver. Je voulais savoir si les histoires que j’avais entendues racontées par les nains étaient vraies. »

-« Alors ? »

Elle sourit au petit garçon.

-« Tu le sauras plus tard. Le voyage n'est pas terminé. Il est temps d’aller dormir je crois. »

Il lui sauta au cou et l’embrassa.

-« Bonne nuit Elenwë ! »
-« Bonne nuit Anar. Fais de jolis rêves. »

Elle s’absorba dans la contemplation des  dernières flammes du feu de camp.

Dans son âme s’éleva l’écho d’un chant elfique très ancien…                           

Important :

Je me suis basée sur le texte du site

Source : Spellforce Officiel

pour rédiger mon prologue. J’ai essayé de ne pas faire une copie, mais d’introduire mon propre univers.

Mon  vrai récit commence mille ans après…

A suivre…

Cette création est sous contrat Creative Commons

© Cenwen 2009 

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