Les Gribouillis de Cenwen

Jeux vidéo et créations roleplay

14-12-09

Chapitre 6 : Les Rocs de la Tourmente, partie 3

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Les Rocs de la Tourmente

(Stormdeaver  Rocks)

Partie 3

Nous nous sommes réfugiés à l’abri de la caverne. Léna monte la garde près de l’entrée. Grimaud est parti chercher les deux Skergs. Nous sommes toutes les trois. Nous n’avons pas allumé de feu. Je ne veux pas nous faire repérer par les Hommes-Chats.

Je m’adosse à la paroi. Je ferme les yeux. J’attends patiemment que Jannina nous raconte son histoire. Je dois retrouver Dunham, mais je ne veux pas la brusquer. Elle parlera quand elle sera prête. 

Sa voix s’élève soudain rompant le silence.

-« Vous n’allez pas aimer ce que je vais vous raconter.» Elle fait une pause comme pour rassembler ses souvenirs. Je ne l’interromps pas. «Autrefois, deux frères m’ont courtisée. L’un était un fier guerrier, l’autre un paisible magicien. Leur querelle s’est envenimée. Elle a disloqué la Résistance et elle a coûté bien des vies, dont la mienne.»

Elle se tait à nouveau, perdue dans ses pensées. « Duhnam m’a tuée. »

Je frissonne. Je devine ce qu’elle va nous dire.

-« Et il vous a ramenée… »

-« Oui. Il a fait appel à un nécromancien pour me ramener à la vie, et il a sacrifié son âme en échange. »

Je connais ce Pouvoir. Il fait partie des miens.  Il demande des sacrifices indicibles. J’ai toujours refusé des les pratiquer. Je me souviens de ma rébellion, des punitions et des tortures  que j’ai endurées pour avoir tenu tête à mes maîtres. Mais je me rappelle des enseignements que j’ai reçus.

-« Mais ce n’est pas tout n’est-ce pas? Il y a autre chose.» J’attends qu’elle me le dise. Je sais que quelque chose d’innommable a franchi le Voile entre les deux mondes.

Elle acquiesce et reprend.

-« Oui. Une entité s’est accrochée à mon âme. Quelque chose de profondément mauvais qui se  nourrit de ma peur et de mes cauchemars. Elle grandit. Elle essaye de s’échapper. »

-« Et Duhnam ? »

-« Dunham est devenu fou.  Il s’est retranché dans un camp fortifié, gardé par des mercenaires. Il est consumé par la haine et a chassé son frère Setrius et son meilleur ami, Réowys.  Nous avons tout perdu. Je préfèrerai être morte.» Elle soupire et des larmes brillent dans ses yeux.

-« Laissez le guérisseur en décider, vous voulez bien Jannina ? Nous allons vous mener à lui dès que le jour sera levé. Reposez-vous. Je vais relever Léna.»

Je veille. Léna a protesté quand je suis venue prendre le tour de garde. Elle voulait attendre Grimaud. Mais elle a besoin de reprendre des forces. Elle a fini par s’endormir.  Je les regarde un instant. Elles pourraient être sœurs tellement elles se ressemblent. Mon regard s’attarde sur Jannina. Son sommeil est agité, entrecoupé de soubresauts et de gémissements. Elle se bat contre l’emprise de la créature qui hante ses rêves. Un  court instant je vois une aura sombre se former autour de son corps. Mon cœur se serre.

Un léger chuchotement attire mon attention. Je me tiens prête à agir. Mon Pouvoir est  à fleur de peau. Je me rends compte soudain que l’énergie de l’Outre-monde qui m’habite coule de plus en plus régulièrement dans mes veines. Il y a moins de rupture dans son flot. Je me déplace sans bruit. Les silhouettes qui se dessinent sont celles de Grimaud et des Skergs.  Léna s’est levée d’un bond et se jette dans les bras de son amant. Ils s’embrassent. Je détourne le regard.

J’ai imposé le repos à tous. Grimaud a haussé les épaules, mais ne m’a pas contredite. Les Skergs ont été plus réticents à partager notre cachette, mais je ne leur ai pas laissé le choix. Eux aussi doivent récupérer des épreuves subies et de la longue course qu’ils ont fournie pour nous rejoindre. Dans quelques heures, ils devront nous guider jusqu’à leur village. Et le chemin ne sera pas sans danger.

J’entends Léna murmurer dans la pénombre

-« Grimaud, je ne sais pas si ce que nous faisons est juste… » Son compagnon la coupe.

« Mais nous faisons quelque chose et c’est ce qui compte. »

Je reste seule à réfléchir à ces deux phrases en attendant que l’aube se lève.

A suivre…

©Cenwen 2009.



30-11-09

Chapitre 5 : Les Rocs de la Tourmente, partie 2

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Les Rocs de la Tourmente

(Stormdeaver  Rocks)

Partie 2

Nous tombons sur eux à la sortie du portail. Deux Skergs apeurés et pourtant déterminés à nous barrer le chemin.

-« Laissez nous passer ! » Grimaud tente de forcer le passage en rudoyant les deux petits êtres.

-« C’est assez Grimaud ! Arrêtez ! » Je m’interpose entre eux.

Les Skergs me regardent, incrédules et affolés.

-« Vous Guerrière Rune ? Vous aidez nous ! » Le plus âgé m’interpelle, décidé à se faire entendre, en dépit de l’attitude menaçante de Grimaud. Il reprend sur ce  rythme rapide et chantant qui leur est propre. « Vous aidez nous ! Jannina en danger ! Les Khitars ! Jannina, enlevée ! En danger ! Maudits hommes-chats ! Jannina très malade. Nous conduire elle a Hulu. Hulu grand guérisseur. »

-« Jannina …oui ! Bien sûr ! » S’exclame Léna. « Grimaud, elle est sans doute la cause de la colère de Dunham ! Et  de la fin de la Résistance. »

-« Baliverne ! » lui répond ce dernier.

-« Il faut la retrouver. Elle saura où trouver Dunahm. Je t’en prie ! Aidons-les !»

J’ai suivi leur échange, de même que les Skergs. Léna a pris la décision à ma place mais elle a raison. C’est notre seule piste.

J’invite les Skergs à rester à l’abri près du portail.  Nous allons chercher Jannina.  Je ne veux pas les avoir près de moi lorsque nous affronterons les Khitars. Ils sont trop vulnérables et je ne pourrais pas les protéger.

Nous sommes en territoire khitar. A une lieue à peine du portail, une patrouille tente de nous intercepter. Les Hommes-Chats  tirent  de leurs fourreaux de courtes épées incurvées comme des griffes. Ils se déplacent à pas feutrés et bondissent sur nous. L’un deux se jette sur moi. Je sens la peur m’envahir. Un frisson parcourt ma colonne vertébrale. Mon Pouvoir se déploie. Il palpite dans mes veines. En silence, je lance une seule incantation que je reprends encore et encore. Le Khitar se fige une fraction de seconde, puis reprend sa course. Je projette mes mains en avant. Une boule d’énergie sombre jaillit de mes doigts écartés. Des éclairs crépitent et le foudroient. 

Je suis troublée.

En voyant le corps étendu à mes pieds, je sais intimement que je n’aime pas tuer. Or,  ma magie est une magie de l’Ombre, un Pouvoir  des Ténèbres. J’apporte la mort, mais je  n’aime pas faire souffrir, ni torturer mes victimes.

Un vertige...

Un décalage dans mes perceptions….

L’impression d’être hors du temps….

Je me reprends.

Nous trouvons des traces de la lutte qui a opposé Jannina et son escorte à ses ravisseurs. L’herbe piétinée, des branches cassées, des lambeaux de tissus et de fourrure racontent le scénario de l’attaque. La jeune femme ne s’est pas laissée emmenée sans résistance. Il n’y a pas de trace de sang sur les bords du chemin ce qui me rassure un peu. Quoi que veulent les Hommes-Chats, ils n’ont pas l’intention de la blesser ou de la tuer. Ca nous laisse un peu de temps. Nous remontons la piste jusqu’à une petite clairière. Nous approchons doucement, certains que des gardes sont en embuscade, cachés dans la demi-pénombre du sous-bois, prêts à fondre sur tout intrus. Nous ne nous trompons pas. Ils sont trois quasiment indécelables. Je désigne ma cible à Grimaud et Léna. Ils choisissent les leurs. Nous attaquons simultanément, en silence. Pris par surprise et rapidement neutralisés, ils n’ont pas le temps de donner l’alerte. Nous nous approchons au plus près du campement. Nous sommes allongés dans les herbes, dissimulés par la nuit qui tombe.

Nous repérons Jannina près du feu. Elle est assise, enchainée. Ses gardes sont au nombre de quatre, puissamment armés, les sens en alerte. Je les regarde aller et venir autour du feu, sans un regard pour leur prisonnière. J’hésite à attaquer alors qu’ils sont autant sur leur garde. Les deux escarmouches que nous avons livrées aujourd’hui m’ont fait prendre conscience de leur aptitude au combat rapproché. Ce sont de redoutables guerriers, courageux, indomptables, prêts à prendre tous les risques pour neutraliser leur cible.

Je n’ai pas peur. Je veux simplement être prudente. Je veux attendre que leur vigilance baisse pour passer à l’attaque. Un feulement déchire le silence de la soirée. Je les vois bondir, le poil hérissé, les oreilles couchées contre le crâne. Le vent à tourné. Ils ont senti notre odeur et se ruent sur nous. Je ne réfléchis pas. Je me lance dans l’assaut, dirigeant mon pouvoir vers mes cibles. Mes sorts font mouche. Ceux de Léna aussi. Nous stoppons leur progression. Une boule d’énergie négative me frôle. Elle déplace l’air autour de moi et frappe le guerrier à ma droite. Il tombe  mort. Je me retourne d’un seul bond. Grimaud est derrière moi. Il vient d’utiliser cette magie, la même que la mienne pour mettre fin au combat. Jusqu’à maintenant, j’ignorais qu’il la possédait. Il s’était toujours servi de sa hache pour se battre. Je me demande où il a appris ce qu’il sait et quelle est l’étendue de son Pouvoir.

La jeune femme près du feu s’est relevée. Nous nous approchons d’elle. Entièrement vêtue de rouge, elle est d’une beauté saisissante malgré ses traits tirés et les cernes sous ses yeux. Elle est grande, mince, gracieuse. Une cascade de boucles blondes descend jusqu’au bas de son dos. Grimaud détache ses chaînes. Elle se masse un instant les poignets et  nous fixe d’un regard vert dont l’intensité brûle ma peau.

Elle s’incline très légèrement.

-« Je vous remercie. » Elle me dévisage. « Je connais vos compagnons, me dit-elle, mais je ne vous connais pas. » sa voix est basse, légèrement voilée, sensuelle.

-« Je me nomme Khyrielle. Je suis une Guerrière de la Rune. Nous sommes à la recherche de Dunham. »

Je vais droit au but. Je ne me sens pas en sécurité dans cette petite clairière. Il y a trop de patrouilles kithares dans cette zone et j’ai peur que nous soyons rapidement découverts si nous restons ainsi exposés. Même si l’alerte n’a pas encore été donnée, les Hommes-Chats ne vont pas tarder à comprendre qu’un groupe hostile opère sur leurs terres. Je préfère gagner un abri que j’ai repéré à quelques lieues d’ici, une caverne cachée dans les éboulis et camouflée par d’épaisses broussailles épineuses. Je les entraîne à ma suite dans la nuit.

A suivre...

©Cenwen 2009.

21-11-09

Index "Ombre et Lumière"

1

Prologue : La Geste du Dragon de L'Hiver

Chapitre 1 : L'instant d'avant

Chapitre 2 : L'appel, partie 1

Chapitre 3 : L'appel, partie 2

Chapitre 4 : Les Rocs de la Tourmente, partie 1/8

©Cenwen 2009.

Pour des raisons pratiques, je place l'index de ce nouveau récit roleplay systématiquement sur la première page du blog. Il est fait sur le même modèle que l'index du Journal de Haven-Jane CF01 et trouvera sa place définitive à la fin de la publication de cette histoire.

Bonne lecture :)

16-11-09

Chapitre 4 : Les Rocs de la Tourmente, partie 1/8

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Les Rocs de la Tourmente

(Stormdeaver Rocks)

Partie 1/8

Les bribes indistinctes d’une dispute me réveillent en sursaut. Je me lève d’un bond, mon arme à la main. Le feu s’est éteint. Les braises sont grises et froides. J’enregistre d’un regard la présence des archers qui montent la garde à la lisière du campement. Mon attention se fixe sur Grimaud et Léna absorbés dans une conversation qui les isole  du reste du monde. Ils sont concentrés et je sens l’exaspération de la jeune femme. Pourtant ça n’a pas l’air d’affecter le moins du monde son compagnon, nonchalamment adossé au tronc d’un arbre.

Un soupir. Je me retourne. Aedar Thalan est arrivé derrière moi sans que je l’entende.
- « Ces deux-la, dit-il en secouant la tête, c’est comme vouloir marier l’eau et le feu … »

- «  Ca leur arrive souvent ?  Je ne suis pas curieuse, mais je vais devoir voyager avec eux et me battre à leur côté, alors j’aimerai savoir… »

- «  Ils sont jeunes et amoureux. » me répond-il avec un léger sourire.

Il me tend une sacoche usée et patinée par les ans.

-  « Quelques provisions, des herbes médicinales et des effets personnels. »

Les mots me manquent pour le remercier. 

L’aube se lève à peine. Une brume légère s’élève de la  terre et voile le paysage d’un  mince halo blanchâtre. La terre est brune, le ciel gris comme l’acier. Le soleil  rase les collines et fait scintiller d’or  les brins d’herbe chargés de rosée. Les couleurs se fondent encore les unes dans les autres, mais quelques touches de bleu et de mauve commencent à se détacher. La nature se réveille doucement. Les animaux s'agitent dans leurs tanières.

Léna s’approche de nous. L’heure du départ ne tardera pas. Je prends congé du vieux guerrier. Il s’éloigne. Je m’entretiens rapidement avec Léna. Je voudrais savoir s’il y a un endroit dans le camp où je pourrais procéder  à mes ablutions. Elle m’indique un point d’eau  abrité à quelques pas du camp.

Je sais que cette préoccupation peut sembler futile au regard de ce qui nous attend pour retrouver Dunham et Réowys, les deux guerriers disparus, mais j’ignore quand se représentera l’occasion de me retrouver un peu seule. J’ai besoin d’un instant à moi, loin de la présence de Léna et de Grimaud. Depuis mon Eveil je n’ai jamais été seule. Même pendant mon sommeil, j’ai senti la vigilance des forestiers.

Je me penche au dessus d'une mare bordée d'ajoncs et d'herbes folles. L'eau y est remarquablement claire. Elle ressemble à un ancien miroir des contes elfiques, celui qui s'y regardait se voyait tel qu'il était réellement au fond de son coeur et de son âme, et non, tel que les autres le percevait. Je me contemple un instant. Je ne vois qu'une  très jeune femme grande, mince, presque frêle. Ses longs cheveux bruns emmêles sont striés de mèches blanches qui soulignent et encadrent un visage aux courbes douces et aux pommettes hautes. Une frange voile ses grands yeux violets. Son regard est troublé, perplexe. Elle est belle, d'une beauté fragile et douce... Ainsi, c'est à ça que je ressemble, c'est ce que les gens perçoivent de moi.

Je procède à une rapide toilette. Je brosse mes cheveux et je les noue en une lourde de tresse que j'enroule en bas de ma nuque avant de la fixer avec une fine baguette ramassée à terre et rapidment taillée en épingle. Une mèche s'échappe et retombe sur ma joue. Je confectionne aussi très rapidement un petit sac en tissu que j'accroche autour de mon cou par un lacet de cuir. Je ferai mieux plus tard. J'y range précieusement ma rune. Je referme ma tunique jusqu'en haut de manière à cacher sa présence.

Malgré ces quelques préparatifs, je suis de retour rapidement. Grimaud et Léna m’attendent, prêts à prendre  la route. J’adresse un signe de la main à Willit. Le Skerg a émergé de l’obscurité d’une tente et nous regarde partir en direction du nord ouest, vers les Rocs de la Tourmente.

Nous traversons les marécages et je me fie à mes compagnons pour me guider dans les dédales des terres et des langues de sables mouvants. L’air est lourd, l’atmosphère pesante. Mes cheveux ne tardent pas à coller à mon front et à ma nuque. De temps en temps, un cri rauque s’élève des roseaux. Un bref mouvement, un soubresaut et le silence écrasant reprend possession du marais. A mon grand soulagement, nous finissons par atteindre une route escarpée et poussiéreuse qui n’en finit pas de grimper  et de tourner sur elle-même.

Au détour d’un virage j’aperçois une arche de pierre monumentale dépouillée de tout ornement. Au centre dans un chatoiement de lumière et de reflets mouvants se déploient des ombres irisées. Malgré le temps, sa magie est pleinement active.

Notre histoire raconte qu'autrefois treize mages surpuissants et avides de pouvoir plongèrent Eo dans le chaos en invoquant une puissance maléfique  incontrôlable. Dès lors, notre monde fut fracassé et morcelé en une myriade d'îles reliées par ces artéfacts magiques qui nous permettent désormais de nous déplacer d’une terre à une autre.

Je me souviens d’avoir vu des milliers de Lames, armes-âmes d’acier infernales créées par le Forgeron des Ames déferler sur Fiara en passant par ces portails.
Nous combattions pied à pied, mais nous étions submergés sous leur nombre.
La terre autour de nous se teintait de rouge et nous tombions fauchés, abattus les uns après les autres. Nous étions là pour protéger la progression de la Guerrière de la Rune, l’Elue, celle que Rohen avait choisie pour sauver notre monde de la destruction finale et de l’anéantissement.
Les cris d’agonie de mes frères et de mes sœurs retentissement dans ma mémoire.
Je commence à me souvenir.
Je frissonne en franchissant le Voile.

A suivre...

©Cenwen 2009.

02-11-09

Chapitre 3 : L'Appel, partie 2/2

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Chapitre 3 :

L'Appel

(partie 2/2)

La  nuit tombe. Des feux follets apparaissent sporadiquement dans les marécages. La route qui mène au campement est escarpée. Mes pieds buttent sur les cailloux. Je trébuche, maladroite, mais, petit à petit, je reprends possession de mon corps engourdi. Combien de temps ai-je dormi dans Les Brumes ? Je m'apprête à interroger Léna quand ils attaquent.

Des Gobelins, vifs, rapides, silencieux. Je ne les ai pas entendus s’approcher. Léna brandit son bâton. Des éclairs de glace jaillissent autour d’elle, emprisonnant nos agresseurs dans une gangue mortelle. Un éclat de lumière s’abat sur eux. Grimaud fait tournoyer sa hache, fendant l’air, faisant craquer les os et jaillir le sang. Je projette mes mains en avant. Je sens mon Pouvoir palpiter en moi et se frayer un chemin dans mes veines. Un des Gobelins s’effondre tétanisé, le visage déformé par un rictus de douleur indicible. Puis soudain, je suis prise dans le ressac, sans aucune énergie, sans mana, incapable de lancer le moindre sortilège, de psalmodier la moindre incantation. Pourquoi m’ont-ils réveillée ? J’assiste perdue, impuissante à leur combat. Je ne leur suis d’aucune aide.

- « Voilà une bonne chose de faite ! » Grimaud contemple les corps étendus à ses pieds avec un sourire de satisfaction. Puis, il se remet en route sans un regard ni pour nos assaillants, ni pour moi.

-   « Khyrielle ? » La voix de Léna me tire de mes pensées. « Viens, c’est terminé. »Elle me prend la main et me parle comme si j’étais une enfant.

- « Léna? Combien de temps suis-je restée dans Les Brumes ?»

Tout est tellement confus… Je sens au plus profond de mon être que quelque chose ne va pas. Je devrais être en pleine possession de ma magie, prête à me battre.

-  « Trop longtemps... » Elle hésite. « Il te faudra juste un peu de temps pour te rappeler de tout. Viens, nous sommes presque arrivés. »

Une maigre lumière troue l’obscurité. Quelques tentes délabrées, chichement éclairées par trois flambeaux fumeux se dessinent  au centre d’une petite clairière. Un feu de camp aux braises rougissantes projette des ombres sanglantes sur les toiles tendues sans parvenir à chasser les ténèbres.

Je ne la vois pas, mais je sens la présence d’une Pierre. Je résiste à son attraction. Je veux des explications.

- « Alors ? Pouvons nous parler maintenant? » Je me tourne vers Grimaud. « Nous sommes arrivés. Qu’attendez-vous de moi ? »

- « Allez donc parler à Aedar Thalan, le guerrier près du feu. Nous discuterons ensuite. »

Grimaud  me tourne le dos et se dirige vers un groupe d’hommes serrés dans la pénombre d’un abri. Léna lui emboîte le pas en soupirant imperceptiblement.

Je hausse les épaules.

Je me dirige vers un homme de taille moyenne, un peu voûté par l’âge. Ses cheveux argentés sont retenus en queue de cheval par un mince lien en cuir. Il est vêtu d’un pantalon en peau, son haubert est patiné par les ans, bosselé, mais sans aucune trace de rouille, ce qui, dans ce marécage, représente un joli tour de force. Un mince surcôt rapiécé mais propre complète sa tenue. Un glaive pend à la droite de sa ceinture. De l’autre côté, il porte une  petite sacoche en cuir gravé de runes.   

Son maintien et sa mise m'inspirent le respect.Je m’incline devant lui.

Il me dévisage. Son regard bleu acier, droit et amical ne me gène pas.

Mes mains tremblent.Je les tends vers les maigres flammes qui s’élèvent du feu.  Je ressens un froid terrible depuis que Grimaud et Léna m’ont éveillée, un froid qui vient de l’intérieur et qui consume mes forces. Mais, je concentre mon attention sur le vieux guerrier en face de moi. Il a perçu ma faiblesse et m’invite à m’assoir.

Il me tend un gobelet en terre rempli d’un liquide aux puissants effluves herbacés. Je me brûle les doigts en le prenant. L’odeur des plantes m’est familière. J’approche la timbale de mes lèvres et je bois prudemment la première gorgée. Le liquide est fortement sucré au miel. Une impression de bien-être et de chaleur ne tarde pas à m’envahir et à me réchauffer. Aedar coupe un morceau de pain noir et épais. Il le partage et m’en donne  la plus grosse part.

- « Il faut reprendre des forces. Nous parlerons ensuite. » me dit-il en tisonnant les braises pour redonner de la vigueur au feu.

Je lui suis reconnaissante de ce répit qu’il m’accorde. Je me sens à l’aise avec lui : il se préoccupe des autres, il me traite aussi comme un être humain et pas comme un monstre.

- « Aedar, qui sont ces gens ? » Je désigne d’un léger mouvement de tête les ombres que je devine cachées dans l’ombre de la nuit.

- « Ce sont des résistants, d’anciens esclaves qui ont échappé aux Orques et aux Trolls. Mirraw Thur était le centre de la traite des esclaves en terre d’Urgath. Cette région a toujours été sous le contrôle des Ténèbres.»

Je frissonne. Je n’ose imaginer la vie des ces malheureux captifs de tels maîtres.

- « Etes-vous le chef de ces gens ? »

- « Non, reprend-il, ils m'écoutent parfois, bien moins depuis l'arrivée de Grimaud... » Il m’adresse un léger sourire « Et je les comprends. Je suis un vieillard. Ils ont besoin de quelqu’un de plus jeune et de plus vigoureux. »

- « Pourquoi suis-je là ? » je secoue la tête.  « Pourquoi Grimaud et Léna m’ont-ils appelée ? » Je ne comprends pas la raison de ma présence. « Qu’attendez-vous de moi ? »

- « Nous avons besoin de votre aide pour lever une armée.»

- « Ces gens me suivront-ils parce que je suis une guerrière de la Rune?»

- « Non, Khyrielle. Ils ne suivront que Duhnam et Reowys.» Je le laisse porsuivre sans l'interrompre. Ce sont deux guerriers libre de la Rune. Ils sont arrivés ici après la grande bataille de Fiara. Ils  ont organisé la libération des esclaves, puis fondé la Résistance.»  Son regard se perd dans l’obscurité.

- « Que s’est-il passé ensuite ? »

- « Nous n’en savons rien. Ils sont partis vers le Sud et ils ont disparu. Le dernier à leur avoir parlé est leur ami Willit. » Il fait signe à une mince silhouette qui s’avance.

Un Skerg. Je le regarde avancer vers nous. Il a la taille d’un enfant humain, une démarche légèrement sautillante, une peau pâle qui tire vers le bleu. Les Skergs et les Tar-Skergs, je m’en souviens, font partie des premiers habitants du continent des Ténèbres. C’est un peuple courageux et travailleur qui voue un culte à la nature et dont les guérisseurs sont réputés au-delà des frontières même de ces terres. C’est un peuple pacifique qui est parvenu à conserver sa liberté en se cachant.

Le petit être devant moi m’arrive à la taille. Je me baisse pour être à sa hauteur. Il me regarde droit dans les yeux. Je n’y lis aucune crainte, aucune répulsion de ce que je suis. J’y lis seulement la compassion, la tristesse et l’inquiétude.

Il commence son récit d’une voix douce, musicale. Il parle vite, trop vite et j'ai du mal à le comprendre.

- « Willit, s’il vous plaît, calmez-vous, expliquez-moi à nouveau. Pourquoi Duhnam est-il parti en colère ? » Son angoisse est perceptible.

- « Dunham parti en rage. En rage contre tout le monde. Contre Aedar.Contre Willit. Contre Réowys. J’ai essayé de le suivre, de l’arrêter, mais Dunham a chassé Willit. Alors Réowys a demandé à Willit de rentrer près d’Aedar et il est parti derrière Dunham, à travers le Portail.» Ses derniers mots s'étranglent dans un sanglot vite maîtrisé. Sa peine est immense.

Je pose ma main sur son épaule. Il est tétanisé mais il ne cherche pas à éviter mon contact.

- « Willit, vous n’y êtes pour rien. »

Il secoue la tête. Je reprends. J’insiste.

- « Vous n’êtes certainement pas la cause de la colère de Dunham, ni la cause de la disparition de Réowys. Je vais partir à leur recherche. Je ferai tout mon possible pour les retrouver et pour savoir ce qu’il leur est arrivé, à tous les deux. Je partirai à l’aube. »

Je me redresse. Je le  regarde s’éloigner à grand renfort de hochements de tête. Le vieux guerrier se redresse et soupire légèrement.

- « Vous pouvez dormir ici. » Il me désigne le feu de camp. « Vous êtes en sécurité ici. Que la Lumière d’Aonir veille sur vous. »

Je m’allonge dans le cercle de lumière et je m’endors rapidement, les doigts crispés sur la garde de mon poignard. »

A suivre..

©Cenwen 2009.

19-10-09

Chapitre 2 : L'Appel, partie1/2

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Chapitre 2

L'Appel

(partie 1/2)


Comme un nageur épuisé remonte à la surface après un plongeon dans une eau noire, profonde et glacée, j’ai les poumons en feu.
Je suffoque.
Je vacille.
Je m’accroche à la voix qui m’appelle.
Elle est dure, arrogante, impérieuse.
Pourtant, je me concentre sur elle.
Je reprends pied sous un ciel bas et lourd.
La lumière me brûle les yeux.
J’ai du mal à respirer.
L’air autour de moi est nauséabond, plein de remugles, d’odeur d’humus en décomposition, et plus prenante encore, de charniers et de restes pourrissants.

- « Oui suis-je ? je ne me rappelle pas… »
- « Enfin ! Bienvenue à Mirraw Tuhr, un infâme marécage perdu aux confins des terres d’Urgath…Mais vous pourriez bientôt changer tout çà ! »

La voix est chargée d’ironie et de mépris.
Mes yeux s’accommodent enfin.
L’homme à qui elle appartient est grand, musclé.
Sa barbe est courte, brune. Ses cheveux sont noirs, ses yeux marron, une fine cicatrice  barre le côté droit de son visage.
Son armure porte la trace de nombreuses batailles.
Il est armé d’une hache double soigneusement entretenue.

- « Vous ne vous souvenez pas ? La voix est douce, musicale. Nous avons combattu côte à côte pendant la bataille de Fiara. Vous êtes une guerrière de la Rune… »
- « La Rune me soumet à votre volonté. Commandez et je vous obéirai ! »

Les antiques paroles de soumission ont franchi mes lèvres sans aucun effort de volonté ou de mémoire. Elles sont gravées en moi. Elles font partie de moi, de ce que je suis.

- « Voilà qui est bien tentant… »
- « Grimaud, rends lui sa Rune…tu m’avais promis ! »
- « Mais cet obéissant guerrier ne nous sera plus d’aucune utilité… »
- « Grimaud ! »
- « Bon d’accord. »

Il soupire, exaspéré et cède à sa compagne à contre cœur.

Elle se tourne vers moi, aussi frêle et lumineuse que son compagnon est viril et sombre. Elle est vêtue d’une longue robe blanche défraîchie. Le bâton dans sa main droite me rappelle quelque chose. Le souvenir s'échappe.

- « Je m’appelle Léna. Nous étions amies.… » un silence, elle reprend,  « autant que la Rune permette ce genre de lien...»

Un fracas assourdissant se lève dans ma mémoire et meurt en un instant.

Elle me tend une gemme à facettes.
Une lueur rougeâtre pulse à l’intérieur.
Le joyeau est parcouru de minuscules éclats de lumière.
Mon regard plonge dans les profondeurs de la pierre.
Un kaléidoscope d’images naît dans ma mémoire.
Des fragments arrachés à d’autres temps, d’autres époques.
Des visages familiers que je ne reconnais pas.
Des clameurs.
Des rugissements.
Des cris.
Des râles.
Des pleurs.
Le silence.
L’obscurité.

- « Khyrielle ! Khyrielle !»

Je m’arrache avec effort à la contemplation du feu sombre.
J’essaye de me souvenir.
Mes mains se referment sur des ombres.
Je reste là, secouée de frissons, nauséeuse.

- « Qu’est-ce que vous attendez ? Il faut y aller. Nous parlerons lorsque nous serons arrivés au campement.» Grimaud s’impatiente et nous tourne le dos, prêt à prendre la route.

Je regarde autour de moi. Je suis au centre d’un monument en arc de cercle construit en pierres dont la blancheur blesse mes yeux. Deux statues monumentales, un guerrier et une magicienne, dardent leurs regards aveugles sur moi. Elles sont magnifiques, mais la froideur que je lis sur leurs traits finement sculptés est inhumaine. Je me détourne.

Léna m’a attendue. Elle me tend un mince poignard. La lame est effilée mais solide. La garde est taillée d’une seule pièce dans un os soigneusement poli et orné d’un motif runique compliqué.

- « Pour toi. C’est ce que j’ai pu trouver de mieux. Ce n’est pas une arme digne d’une guerrière de la Rune … »
Je l’interromps.
- « Merci Léna. »
Son geste me touche. A sa mise et à celle de son compagnon, je devine que la vie sur ces terres désolées est rude.

Nous nous mettons en route. A peine ai-je fait quelques pas qu’une force impérieuse m’attire vers un monument de taille modeste.
Une pierre carrée, en basalte noir, aux arrêtes vives, de la taille d’un homme, se dresse sur ma droite.
Je laisse ma compagne sur la route, et je prends le sentier qui mène vers l’édifice.
A demi ensevelie sous la végétation, elle est couverte de runes entrelacées.
Je les reconnais.
Je connais la signification de chacune d’entre-elles.
Un sentiment de familiarité et de répulsion m’envahit.
J’inspire profondément.
Je ferme les yeux.
Je pose mes deux mains sur la roche.
La pierre est douce et tiède sous ma peau.
Elle palpite d’une vie secrète et intense.
Je sens son pouvoir circuler dans le réseau qui la parcourt.
Sous mes paupières closes, il brille d’un éclat argenté.

Il s'enroule autour de mes poignets.
Comme une pointe d’acier chauffée à blanc, il pénètre en moi, arrache un infime fragment de mon âme.
La douleur irradie chacun de mes nerfs.
Je me cabre.
Je gémis.
Il relâche son emprise et me libère.
Je m’écarte rapidement.
Quoi qu’il arrive désormais, mon âme est liée à jamais à cette Pierre.
Chaque fois que je mourrai, c’est là que je renaîtrai, tant que je ne me serai pas liée à une autre Pierre des Âmes.

Prête à combattre.

Condamnée à une vie éternelle et à une mort éternelle…

Il en est ainsi de puis la nuit des temps.

A suivre...

©Cenwen 2009

05-10-09

Chapitre 1 : L'instant d'avant

Mais un jour, le pacte qui liait Aryn aux Elfes de Glace fut brisé...

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Je dors.
D’un sommeil peuplé de rêves.

Parfois, comme une ride sur l’eau après le ricochet d’un galet, j’entends comme un écho que je ne comprends pas.
Soudain l’écho se tait.
Et il ne règne plus que le silence et l’obscurité.

Je dors.
D’un sommeil hanté de cauchemars.

Des hordes de guerriers s’affrontent sur des champs de bataille gigantesques.
Des mondes entiers sombrent dans le chaos et le fracas.
Des colonnes de flammes embrasent le ciel jusqu’aux nuages et font bouillir les océans.
Des vagues de cendres et de poison submergent le monde étouffant toute vie.
La soif du pouvoir et l’avidité guident les hommes sous le regard indifférent des Dieux.
Soudain le tumulte s’apaise.
Et il ne règne plus que le silence et l’obscurité.

Je dors.
D’un sommeil fragmenté de reflets.

Des armées immenses sous un seul commandement.
Ombre et Lumière s'opposent dans un éternel combat.
Des éclairs strient le ciel et déchirent le tissu même du temps.
Soudain les clameurs cessent.
Et il ne règne plus que le silence et l’obscurité.

Je dors.
Je rêve.

Ses yeux rouges flamboient d’une haine pure.
Ame-arme d’acier noir elle poursuit son carnage insensé.
Elle fauche les hommes qui se dressent sur son passage.
Elles sont des milliers forgées par Zarach’ lui même, ou bien… est-ce seulement une légende ?
Elle retire sa lame de mon corps.
Mon sang rejoint celui de mes frères et de mes sœurs.

Au nom de tous les Dieux d’Eo qu’avons-nous fait ?

La grande plaine de Fiara si belle au printemps n’est plus qu’un océan de cris et douleurs.
Il ne reste rien.
La terre est rouge, rouge du sang de ceux et celles qui se sont levés pour combattre et sauver ce monde.

Je dors.
Il n’y a plus que le silence et l’obscurité.
Puisse Elen avoir pitié de nous et nous pardonner nos péchés.

Je dors.
Il n’y a plus que le silence et l’obscurité.

Je dors.
Je rêve
Du moins…je crois.

Puisse Elen avoir pitié de moi.

A suivre ...

©Cenwen 2009

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

21-09-09

Prologue : La Geste du Dragon de l'Hiver

La chanson de Cenwen

La Geste du Dragon de l'Hiver

La jeune femme posa délicatement sa harpe au sol. Elle tendit ses mains vers le feu qui brûlait haut et clair au centre de la clairière.

-« Elenwë, s’il te plait, ne t’arrête pas, raconte  encore ! » Anar la dévorait des yeux. Soleil. Le petit garçon portait bien son prénom. Elle était incapable de résister à son sourire lumineux et à son regard sans cesse émerveillé.
-« Quelle histoire veux-tu que je raconte petit feu follet » lui répondit-elle avec un clin d’œil. Elle savait exactement quelle était sa chanson préférée.
-« Celle d’Aryn, le Dragon de l’Hiver, tu sais bien. »
-« Oui, je sais bien, mais je voulais être sûre que c’était bien celle-là que tu voulais entendre. » Elle se mit à rire doucement en voyant l’enfant courir dans la clairière en appelant ses compagnons de voyage.

Quelques lunes auparavant, elle avait rejoint un groupe de marchands nomades. Elle avait décidé de poursuivre sa route en leur compagnie plutôt que d'affronter seule les dangers de ces terres reprises depuis peu aux bandits. Elle les avait rejoint aux abords de Liannon et les accompagnerait encore un moment. Elle voulait rejoindre Mulandir et explorer La Grande Bibliothèque, ouverte à nouveau depuis peu. 

Elle attendit que tous soient installés confortablement autour du feu.  Elle releva la tête, fit passer la lourde masse de ses longs cheveux roux bouclés sur son épaule. Seul le crépitement des flammes troublait  le silence de la nuit. Elle plaqua quelques accords légers sur son instrument. Sa voix s’éleva, basse, légèrement voilée.

-« Il ya bien longtemps, bien avant la naissance des Hommes, quand les Dieux d’Eo n’étaient encore que des enfants, et que les Elfes commençaient à peine à arpenter ce monde, les dragons régnaient sur Fiara. Ils étaient superbes et terrifiants, libres comme l’air, sauvages et indomptables comme la tempête. Il s’élançaient dans les cieux, déployant leurs ailes immenses et leurs ombres assombrissaient des vallées entières et couvraient de nuit les montagnes. Certains se paraient de toutes les nuances de vert comme la nature à la Saison du Renouveau. D’autres étaient dorés comme les blés murs à la Saison des Récoltes. D’autres encore étaient de la couleur des feuilles juste avant qu’elles ne tombent et annoncent la Saison des Longues Nuits. Ils jouaient dans les airs, s'accouplaient dans les vallons ensoleillés, dormaient à l'abri de forêts inpénétrables et leurs chants berçaient l’enfance de ce monde."

Elle fit une courte pause. Son auditoire retenait son souffle.

-« C’est alors que naquit un dragon différents de tous les autres. C’était le dragon le plus puissant qui ait jamais vu le jour. Il était gigantesque.  Ses écailles étaient du blanc le plus pur. Ses yeux étaient  gris bleus, clairs et froids comme un ciel d’hiver, et son souffle était plus glacial encore que les neiges éternelles. Il était l’essence même de l’Hiver. Les siens l’appelèrent Aryn, ce qui signifie Le Tisseur de Givre dans la langue des Anciens. Autour de lui, le monde se couvrait de glace. Même ses frères et ses sœurs fuyaient sa présence.
Il était seul et cette solitude dévorait son âme, car elle était à la mesure de sa puissance. Le froid et la mort étaient ses seuls compagnons. Nul être vivant ne pouvait survivre en sa présence.Un jour, il s’élança d’une aire située très loin au dessus de Godmark, près de la demeure même des Dieux. Il se mit à parcourir le monde à la recherche d’une présence amie. Tous le fuyaient et plus il cherchait, plus il semait la désolation. S’il poursuivait sa quête, Fiara toute entière finirait sous les glaces, figée dans un perpétuel hiver, mais il ne voulait pas y mettre fin."

Elle secoua la tête, déplaça une mèche de cheveux tombée devant son visage et reprit son récit dans un silence qui s’était encore intensifié.

Les années passaient. Sa solitude grandissait jour après jour, et la désolation s’installait sur le monde. Il arriva aux confins des terres des Elfes, aux  limites d’une immense forêt au sud de Fiara, un lieu connu sous le nom de Finon Mir. Les Elfes étaient alors une race très jeune, mais ils cherchèrent un moyen d’arrêter Aryn, de l’empêcher de détruire leur domaine. Ils ignoraient tout de sa quête. Ils ne voulaient pas mourir. Comprenant que nul d’entre–eux n’avait la puissance nécessaire pour le combattre, ils en appelèrent aux Dieux. Mais les Dieux restèrent muets. Il ne restait aux Elfes que le choix de fuir s’ils voulaient survivre. Quand les premiers flocons de neige commencèrent à tomber entre les feuilles ils entamèrent leur exil vers le sud.

Elle était la Première Née. Elle régnait avec quatre autres  sur le peuple Elfe. Elle s’appelait Cenwen. Elle refusa de fuir. Elle seule osa l'affronter. Elle se précipita à la rencontre du dragon. Plus elle avançait vers Aryn et plus le froid devenait intense. Autour d’elle, il n’y avait que la glace et la mort. Bientôt, elle sentit sa conscience fléchir. Pour ne pas sombrer dans un sommeil mortel, elle se mit à chanter. Elle chanta l’espoir, la chaleur et la douceur  comme bien des générations l’avaient fait autour des feux de camps à Finon Mir.

Entendant sa voix, Aryn  descendit du ciel. Il se posa à côté d’elle. Il pencha la tête.  La reine elfe était agenouillée dans la neige. Ses forces l'abandonnaient, mais elle poursuivait sa chanson, ultime rempart contre le froid et la nuit éternelle. Pourtant, elle se redressa. Elle regarda Aryn droit dans les yeux, affrontant son regard glacé. Elle s’adressa à lui :

«Ô puissant dragon, écoute-moi ! Écoute-moi, émissaire du froid et porteur de mort ! Ta présence tue toute vie et plonge le monde dans un éternel hiver. Bientôt la forêt qui nous abrite sera transformée en glace sous le coup de tes puissantes ailes et mon peuple va périr. Que veux-tu ? Qu’est-ce qui peut détourner ta course et sauver mon peuple ? »

Le dragon était subjugué par sa beauté et son courage. Il se redressa et lui rendit son regard.

«Saches, enfant de la forêt que je cherche depuis le commencement de ma vie, un égal, un ami. Je sais la souffrance et la douleur que mes voyages font peser sur ce monde, mais ton courage m’a ouvert les yeux – détruire les autres ne mettra pas fin à mon fardeau. Je vais retourner chez moi et attendre, attendre dans les montagnes solitaires, attendre la fin des temps. Ton peuple vivra mais il y a une chose que je demande. Tu es la première et la seule à t’être approchée de moi et ton chant a touché mon cœur. Accompagne-moi et chante ta douce chanson pour nous et les tiens seront épargnés ! »

Cenwen posa sa main sur le cou du dragon et caressa ses écailles de givre avec une infinie douceur.

«Je t’appartiens, Tisseur de givre. Emmène-moi au nord et je réchaufferai nos cœurs avec l’espoir aussi longtemps que je vivrai. Mais épargne mon peuple ! »

À peine avait-elle prononcé ces mots que le dragon l’enleva dans les airs.

« Qu’il en soit ainsi ! Si ton peuple est aussi brave que toi, vous méritez bien de vivre. S’il advient que les tiens aient des ennuis, qu’ils m’appellent et je mettrai mon pouvoir à leur service. Cela fera partie de notre pacte, comme je prends, je donne. Le froid sera sans pouvoir sur eux et le pouvoir de la glace sera leur tant qu’ils conserveront ton souvenir. »
Ils partirent vers le nord, vers les montagnes désolées au-delà des pics de Grimwarg. Ils s’y installèrent et tandis que Cenwen chantait, le dragon créa un manteau de glace qui les protégerait tout deux du monde et protégerait le monde de son pouvoir jusqu’à la fin des temps."

Pendant son récit Anar s’était rapproché d’Elenwë. Le petit garçon était planté devant elle, suspendu à ses mots.
-« Dis Elenwë, tu les as vus au cours de tes voyages ? Tu crois qu’elle chante encore ? »
-« Je suis allée jusqu’aux limites des terres connues. Je suis allée jusqu’au Glacier qu’on nomme Tisseur de Givre en souvenir du Pacte qui lie Aryn aux Elfes de l’Hiver. Je voulais savoir si les histoires que j’avais entendues racontées par les nains étaient vraies. »

-« Alors ? »

Elle sourit au petit garçon.

-« Tu le sauras plus tard. Le voyage n'est pas terminé. Il est temps d’aller dormir je crois. »

Il lui sauta au cou et l’embrassa.

-« Bonne nuit Elenwë ! »
-« Bonne nuit Anar. Fais de jolis rêves. »

Elle s’absorba dans la contemplation des  dernières flammes du feu de camp.

Dans son âme s’éleva l’écho d’un chant elfique très ancien…                           

Important :

Je me suis basée sur le texte du site

Source : Spellforce Officiel

pour rédiger mon prologue. J’ai essayé de ne pas faire une copie, mais d’introduire mon propre univers.

Mon  vrai récit commence mille ans après…

A suivre…

Cette création est sous contrat Creative Commons

© Cenwen 2009 

06-09-09

Spellforce

Dans quinze jours, je vais commencer à publier les premiers épisodes d'un long récit roleplay sur le thème de Spellforce, jeu dont je suis particulièrement fan, d'autant plus qu'il me permet une immersion totale dans l'histoire et dans mes "délires" personnels, sans interférence. Dans un mmorpg toute personne qui pratique un tant soi peu l'art délicat du roleplaying se trouve un jour ou l'autre confronté à un joueur dont c'est le cadet de ses soucis, et bon comment dire...ça casse un peu l'ambiance que vous vous êtes créée.

Je joue à Spellforce depuis sa sortie en novembre 2003 et je ne m'en suis pas encore lassée.

C'est un jeu de stratégie combinant RPG et RTS, qui se joue seul, ou en mini réseau (8 joueurs maxi).

J'ai choisi d'y jouer en solo.

Au début, j'ai eu du mal avec le système "Click'n'Fight". Quand on n'a pas l'habitude, c'est un peu déroutant.Mais j'ai fini par arriver à me déplacer correctement, à cibler l'ennemi et à commencer à mettre une raclée aux vilains méchants...

La première bonne surprise du jeu : le prologue, digne d'une super production holywoodienne (je n'exagère pas)

L'histoire :

Dominés par leur avidité et leur soif de pouvoir, les treize mages les plus puissants de tous les temps jetèrent le monde à sa perte, le précipitant dans une spirale de chaos et de désespoir. Des nations entières disparurent en un clin d'œil quand le pouvoir dévastateur des éléments fut libéré grâce à des rituels de magie noire. Les continents se brisèrent comme le verre et leurs fragments éparpillés comme des feuilles mortes balayées par le vent. Des armées immenses, prisonnières de la puissance de runes anciennes, semèrent la mort et la destruction sur les terres qui avaient résisté aux premiers assauts. Il ne resta bientôt plus du monde que quelques îlots, reliés entre-eux par des portails magiques.

Aujourd'hui, quelques années après la fin de la Convocation, le mal est de retour, plus fort, plus puissant qu'avant, pour achever ce qui avait été commencé. Pourtant, l'espoir subsiste. Les prophéties parlent d'un humain. Un homme maudit par l'immortalité, lié à jamais au pouvoir des runes du sang...Bientôt, le temps viendra où le pouvoir d'un seul changera le destin de tous.
Pour le meilleur ou pour le pire... (source Spellforce Jowood Forum Officiel)

Bref, c'était à moi d'entrer en scène et de sauver le monde! rien que çà, ni plus, ni moins!

Petite frayeur au moment de créer mon avatar.
Allais-je devoir incarner un macho tout en muscle, barbu à souhait et s'exprimant par onomatopées? Que nenni.

J'ai donc pu créer une guerrière. Elle a été la première d'une longue liste, puisque je crois bien avoir eu un personnage de chaque classe et de chaque spécialité.

J'ai bien aimé le concept du héros, (oups!) de l'héroïne marchant entre Le Bien et Le Mal, utilisant les armées de La Lumière et de L'ombre. N'être ni "Bon" ni "Mauvais", ça aussi , çà changeait radicalement de tous les jeux que je connaissais à l'époque.

Autre bonne surprise : ce n'était pas un jeu de "bourrin".

Il faut faire preuve d'un peu d'intelligence et de stratégie pour pouvoir établir un camp, créer des infrastructures (mines, carrières, magasins, fermes etc), se protéger, gérer les ressources à disposition et développer son armée. Tout çà dans le but avoué, d'aller éliminer tout ce qui bouge en rouge sur la carte, bien sûr, sinon, où est l'intéret?

Le bestiaire est classique. Il est peuplé d'orcs, de nains, de dragons, d'elfes et de minotaures et j'en oublie...

Une chose dont je suis complètement fan : pouvoir replanter des forêts. C'est une caractéristique des elfettes qui m'a séduit. Pour construire vos batiments, vous devez utiliser les ressources en pierre ou en bois à votre disposition sur une carte. Bien entendu, comme dans la réalité, celles ci s'épuisent. Vous avez la possibilité, avec les elfes, de pouvoir replanter des arbres et de recréer une vraie forêt (ou plusieurs dans mon cas). Vous voyez vos plantations grandir et s'épanouir. Graphiquement, c'est splendide. Autre avantage, quand vous revenez sur une carte, la ou les forêt(s) que vous avez plantée (s) fait toujours partie du décor.

Au début de l'histoire, vous êtes amnésique. C'est bien pratique, car çà laisse le suspens entier!

Mais ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler l'histoire!

Je me suis tellement prise au jeu et "éclatée" sur le premier opus " The Order of Dawn", que mon mari m'a offert les deux chapitres suivants " Breath of Winter" et "Shadow of the Phoenix".

De "Breath of Winter" me vient le "surnom" de Cenwen que j'utilise comme signature et comme nom réccurent pour mes avatars sur d'autres jeux. de plus, dans cet opus, la musique était particulièrement envoûtante.

Quant à "Shadow of the Phoenix", il m'a permis d'assouvir ma faim et de monter 25 niveaux supplémentaires et de connaître enfin la fin ultime de l'histoire.

Quelques images du jeu :

spellforce_the_order_of_dawn_wide

Spellforce : The Order of Dawn

spellf10

Spellforce : The Breath of Winter

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Spellforce : Shadow of The Phoenix

Crédits photo:  Spellforce Officiel

©Cenwen 2009

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

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23-08-09

Double Je

Bonjour :)

Un petit mot pour vous donner quelques nouvelles des changements à venir à la rentrée.

Si vous fréquentez ce blog, vous savez que j'écris des récits qui ont pour cadre les jeux vidéo auxquels je joue. J'utilise pour se faire le monde qui m'entoure et mes avatars pour raconter des histoires à la première personne.

C'est une activité récente, qui a commencé l'an dernier vers le mois de juin.
J'ai débuté, non pas avec Guild Wars ou Spellforce qui sont mes jeux de prédilection, mais avec City of Heroes. Pour être honnête, c'est arrivé totalement par hasard. Au départ, il n'y avait aucune arrière-pensée.
Avec mon compagnon nous avions intégré un Super Groupe, celui de la "Clone Factory Inc." (l'équivalent d'une Guilde) dont le crédo de base était un roleplay basé sur le concept du récit des aventures d'un groupe de clones abandonnés à leur triste sort par des concepteurs dépassés par l'ampleur de la polémique liée à la "naissance" de ces êtres.

Nous devions rédiger un mini compte rendu après les sessions, et le jour où je m'en suis chargée, j'ai dépassé le cadre normal pour me lancer dans un récit.
Catioucha, la créatrice du Forum de l'Archipel des Amazones m'a proposé de poursuivre l'aventure : ce fut le début du Journal de Haven-Jane CF01.

L'an dernier, quand j'ai posté l'épisode 25* du Journal de Haven-Jane CF01 sur le Forum de L'Archipel des Amazones,  je pensais qu'il n'y avait plus rien à en dire.

Avec Catioucha, nous avions mis au point la libération de son clone, connu sous le nom de Titanium-Jane CF01 et très sincèrement je n'avais pas envisagé de donner une suite  aux aventures des protagonistes de la Clone Factory Inc.

Je me suis aussi, à un moment posé la question de ma légitimité à poursuivre la rédaction de mon récit.

J'ai quitté le super groupe pour des raisons qui ne regardent que moi et que je ne développerai pas.

Mais je joue toujours à City of Heroes...et il y  avait une  multitude de questions laissées sans réponses :

Nous avions libéré Titanium-Jane CF01 et après, que se passait-il ? Quelle influence cet événement allait-il avoir dans l'histoire ? Pourquoi les clones  a priori « assimilés » étaient-ils les proies d'une chasse à « l'homme » impitoyable, justifiant l'enlèvement et la torture ? Quelles étaient les motivations de l'Ordre ? Et celles encore plus obscures des créateurs des Clones ?

Le récit de Catioucha, celui de TrustnoOne alias Gatling/Haven-Joe CF03 et la mutation de ses pouvoirs, tout cela ouvrait la voie à des possibilités nouvelles que j'avais envie d'explorer. 

Pourtant, je n'arrivais pas à me décider.

Puis, avec le temps, le personnage de Haven a pris une vie bien à lui. Il venait régulièrement frapper à la porte de mon imagination, « m'accusant » de l'avoir laissé tombé alors que j'étais loin d'en avoir fini avec lui.Et ce d'autant plus que j'avais écrit quelques textes indépendants et tracé un fil conducteur  qui me permettait de me recentrer sur la trame du Livre I. Finalement, j'étais loin, mais alors très loin d'avoir été au bout du sujet. J'avais une impression « d'inachevé ».

Donc voilà, depuis quelques semaines, je me suis remise à l'écriture, encouragée par mon compagnon et Catioucha. Je les remercie pour leur patience, leurs relectures enthousiastes ainsi que pour le gigantesque brain storming  auquel je les ai soumis et qu'ils ont supporté (et supportent encore) avec  beaucoup de gentillesse.

Le livre II sera très différent dans sa forme et vous réserve, je l'espère, des surprises, des révélations, de l'émotion et du suspens. Les fragments du Journal Mnémosphère de Haven y auront toujours leur place, mais il n'y aura pas que ça...

Je suis loin d'avoir fini de l'écrire, mais j'irai jusqu'au bout de l'aventure :)

Pour le moment, dans les semaines à venir, je publierai un récit roleplay basé sur le jeu Spellforce, opus "Breath of Winter". Et j'avoue que c'est aussi un prétexte pour me replonger dans un univers que j'adore. J'ai pris le parti de rédiger une série de textes en parallèle avec la progression de mon nouvel avatar. Le pari est donc de réussir à jouer et à écrire en même temps.

Je vais aussi en profiter pour faire un petit lifting au blog et en attendant que ce soit totalement terminé, j'ai déjà mis la nouvelle bannière et deux ou trois petites choses en place.

J'espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire ce nouveau récit que j'en ai à l'écrire.

A très bientôt Bonne lecture !

*référencé ici sous le n°27

©Cenwen 2009

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

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